Tinjis

On dit de toi, terre de salut,

Que Noé bénéficia de ta paix,

Une colombe ou une huppe,

Un corbeau

Et entre deux vagues,

Tanger s’est reproduite comme l’écume des océans.

 

Sur ton hymen se sont succédé

Les scalpels de la lubricité et des conquérants,

Les rites de la réincarnation, de la métempsychose.

Et la fête de Bacchus déchaînait la frénésie des reines,

Le délire dans les jérémiades de la mer.

L’on aurait dit Troie, échue en partage au cheval.

L’on aurait dit une mariée écroulée,

Assommée, et ranimée par Zeus.

 

                                            Le temps des erreurs, Mohamed Choukri, (p.182) 

erreurs

   

Le poème intitulé Tingis sonne comme un hymne à Tanger. A travers des images de rhétorique, le poème recrée cette ville dans une conception mythique. Tanger est comparée à Vénus, déesse de l’amour et de la beauté : « Tanger s’est reproduite comme l’écume des océans ». Cette comparaison ne fait que retranscrire le fameux tableau de Vénus sortant de l’écume, mais incarné ici par Tanger. La dimension mythique est mise en valeur en outre par la comparaison « l’on aurait dit Troie, échue en partage au cheval ». Tanger vaut autant ce que vaudrait Troie. Le poème réincarne Tanger dans le corps d’une femme afin de mieux ressortir sa portée esthétique...